16 nov. 2009

La colline aux papillons




Cette colline était sèche, on pourrait qualifier sa végétation de chauve. Il n'avait pas du pleuvoir depuis très longtemps. L'eau était rare par ici et le soleil présent à chaque instant. Seuls quelques acacias faisaient bruisser leurs feuilles sous les alizés. Son ascension l'avait quelque peu essoufflée.


- je crois bien que je me suis perdue. Dire que je n'ai pas même pas pu observer les papillons !

- m'dame, je peux vous aider à retrouver vot' chemin ? dit une petite voix.

Elle se retourna et aperçut un enfant au visage souriant. Ses vêtements élimés recouvraient à peine les muscles fins de son corps d'adolescent. Assis sur un rocher à l'ombre, il s'amusait à tailler un morceau de bois avec une grande application.

- volontiers, maintenant que je suis au sommet, je ne sais plus dans quelle direction repartir.

- z'avez vu la mer m'dame, vous descendez par là, vous ne pourrez pas vous tromper !

- tu es sûr de toi mon petit ? Je ne voudrais pas me retrouver dans la mangrove ....

- pour sûr vous savez, je suis né ici m'dame et je connais mon île comme ma poche.

La femme extirpa une paire de jumelles de son sac à dos et observa la direction qu'il lui avait indiquée. Elle vit la mer scintiller au loin, remercia l'enfant en lui souhaitant une bonne fin de journée et prit un des sentiers, celui qui lui semblait le moins escarpé.

Le garçon lui fit un signe de la main en la regardant partir et se remit à sculpter le bateau de ses rêves.









                                                                                                          Florence Esse © 2008

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Bimbo d'amour





Une fille blonde qui se rêve sur des écrans en technicolor. Platine ou pas. Une exacerbation de féminité. Accrocher le regard, d'une dentelle ou d'un motif à petits pois. Couleur rose ou noire, selon le moment de la journée. Le blanc est recommandé en été.

Un mélange d'audace et de naïveté enfantine. La bimbo d'aujourd'hui ne serait-elle pas la starlette ou la pin-up d'antan ? Rita Hayworth qu'on punaisait dans les chambrées de G.I, au moment du largage d'Hiroshima, Betty Boop et ses œillades coquines, assorties à ses porte-jarretelles. Bien avant Marilyn, il y eut Jean Harlow la délurée ou Betty Grable aux jambes fuselées. Plus sulfureuse, Betty Page, mais sous le manteau, puritanisme américain oblige.

La bimbo doit être parfaite pour se sentir séduisante. Un travail de professionnel ! Mode et make-up. Décryptage des journaux féminins, la dernière trouvaille : que ce soit l'autobronzant progressif ou le gloss qui ne colle pas.

La bimbo c'est une attention de chaque instant. A elle-même. Pour atteindre un idéal. Qui n'appartient qu'à elle. De la pointe du vernis à ongle de pieds jusqu'au spray de brillantine pour donner de l'éclat à la chevelure, blonde évidemment. Il ne saurait en être autrement. Et pas question de sortir sans s'être brossé les sourcils !

La bimbo aime mettre des paillettes partout. Faut que ça brille ! Quitte à être ridicule lors de la soirée raclette à Avoriaz ! Car c'est aussi cela la bimbo, le petit décalage ...

Et si la bimbo n'avait besoin que d'être rassurée, quant à ses charmes ? De lire dans le regard de l'autre, qu'elle est belle et qu'elle peut donc être aimée. Oh bien sûr, ses qualités humaines, on s'en préoccupera plus tard. Après tout, pourquoi en aurait-elle moins que les autres femmes.

La bimbo doit connaître ses classiques : must-have, smoky waterproof ou trendy etc ... Sans oublier les marques aaaaabsolument tendance ! Et les icônes en ce domaine, comme les Gwen Stefani ou autre Kylie.

La bimbo aime les bijoux. L'important n'est pas le prix. Mais la perle se doit d'être irisée, une petite touche dorée n'est jamais à négliger, un peu de plumes, et bien sûr le strass, surtout le strass. On est glitter ou pas !

La bimbo, c'est aussi le petit détail en plus. Le crayon qui dessine et ourle les lèvres, le petit nœud en satin de soie qui bruisse sur la peau, l'escarpin qui allonge la jambe et affine la cheville. La touche de parfum, juste là sur cette petite veine, qui par sa pulsation, l’intensifie.

La bimbo rêve de glamour et d'amour. Quitte à passer sur le brushing du Prince Charmant. Un regard incandescent ou un sourire angélique fera l'affaire.

                                                                                    

                                                                                               Florence Esse © 2007

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13 nov. 2009

9 nov. 2009

Nuit d'Afrique



L’obscurité dense et vibrionnante tombe sur la vallée du Rift et les lumières de Nairobi brillent au loin. Résonne dans le crépuscule, l'écho des barattes pilant le sorgho, que les femmes ponctuent d'une mélopée lancinante et rythmée, tandis que leurs fesses callipyges jouent au hula hoop.

Denys est rentré épuiser de sa journée de pêche dans la mangrove près de Mombasa, un lieu rien qu’à lui, qu’il tient secret. Ses vêtements sont couverts de sable et de minuscules éclats de corail. Installée dans mon rocking-chair sur la terrasse abritée par la moustiquaire, j’attends le dîner que prépare Kamante. Je profite d'un moment de répit après une dure journée à surveiller la plantation ; cette année encore la récolte a été mauvaise. Pourquoi donc est-ce que je m'entête avec ce maudit café alors que semer du maïs ou des plants de tabac serait bien plus raisonnable ? Je soupire en silence.

Le ciel est d'une teinte limpide, Denys décide de sortir son télescope afin d'observer les constellations qui étincellent particulièrement cette nuit. Il ausculte les cieux depuis un long moment sans dire un mot, lorsqu’il se met à agiter les bras comme un sémaphore :

- Karen Karen viens regarder, tu seras surprise !

Je me lève et vais le rejoindre sur la terrasse qui entoure la maison. Dehors des azalées rose et mauve se languissent entre les rocailles, certaines nuances évoquent mon pays. Denys me guide vers le télescope puis m'immobilise par les hanches. Sa respiration tiède dans mon cou, j'aperçois Saturne et ses anneaux dorés, de façon si distincte que la planète gazeuse me semble à portée de main.

- as-tu remarqué Téthys, Rhéa et Dioné ? Regarde-bien et tu verras ces petits satellites briller auprès de Saturne, on dirait une famille au grand complet, Nous avons de la chance, la voûte céleste est très belle ce soir me dit-il en souriant. Je me retourne et lui dis :

- Je préfère regarder les étoiles quand elles brillent dans tes yeux.

Denys m'attire contre lui, et me susurre : Je ne veux pas que tu sois triste, on ne peut être triste quand on a une chevelure aussi soyeuse que la tienne. Et, d'un geste taquin, il défait mon chignon et ébouriffe ma tignasse brûlée par les longues heures passées sous le soleil kenyan. Je me serre davantage contre lui.

Demain matin, il part pour trois jours avec son biplan, organiser une opération humanitaire, et je ne peux m'empêcher d'avoir peur. La région est très agitée et particulièrement dangereuse, Denys remue ciel et terre, ainsi que quelques instances internationales, afin d’acheminer du matériel hydraulique vers des villages de Kikuyus décimés par des épidémies, dont le redoutable virus de la fièvre jaune qui n’en finit pas de progresser.

Kamante vient sonner la cloche, le torchon sur l’épaule, nous signaler que le dîner est prêt. Ensuite il rentrera chez lui en égrainant son chapelet, un grigri venu d'Addis-Abeba, la terre de ses ancêtres. Peut-être un peu les nôtres aussi.

Pourquoi gâcher ces courts moments, je sais que le temps qui passe est le temps qui nous reste, la nostalgie aura bien le temps de nous rattraper .... Le fumet qui se dégage de la table est fort alléchant, j'allume en silence quelques bougies dans des photophores, tandis que Denys vérifie les attaches de la moustiquaire. Ici les soirées sont fraîches malgré la proximité de l’Equateur. Nous nous attablons alors et contemplons, émerveillés, le spectacle grandiose de la vallée sous la nuit étoilée.

Ce fut notre dernière soirée ensemble, l'avion de Denys fût porté disparu le lendemain.

















                                                                                                                Florence Esse ©  Novembre 08


Hommage à Karen Blixen
et " La ferme africaine "

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5 nov. 2009

" Duel au soleil "




Il remarque la flamme vacillante de la lampe à pétrole et sa tête lui fait très, très mal. Plus curieux sont les petits anges qu'il voit danser dans ce saloon, en lieu et place des danseuses qui se produisent là habituellement, au son d’un piano bastringue. Puis il se rend compte qu'il est à horizontale, cependant qu'une fille rousse emperlousée lui éponge le front. Ses doigts saisissent une mèche de cheveux ensanglantée qui lui obstrue les yeux, et Tommy la remercie d’un léger acquiescement de la tête. En plissant les yeux, sa mémoire bascule sur ce qui s'est passé cet après-midi.


Lorsqu’il est entré " chez Joe’s " pour étancher sa soif d'un whisky bien mérité - il avait du batailler âprement au ranch pour imposer la négociation des vaches Hereford plutôt que Black Angus - Tommy ne s'attendait pas à croiser Duane, ce métis frondeur et bagarreur, dont on disait en ville, qu’il était à moitié apache. Pas vraiment son copain, surtout depuis qu'il avait appris que ce dernier avait eu autrefois un sacré béguin pour Flower, qui depuis était devenue sa légitime.

Oh Tommy n'est pas jaloux, mais tout de même, il n'aime pas que d'anciens prétendants rôdent encore dans les parages. C'est un gars correct, tout ce qu'il y a de plus loyal et il n'a pas eu besoin de baratiner Flower très longtemps pour la persuader de son attachement sincère. Dès leur rencontre il n'avait pas cherché à en savoir plus sur son passé, pas par négligence non, mais parce que son cœur de célibataire endurci s’était emballé tout de go : il lui avait proposé très vite de s'installer au ranch, sans se poser de question : elle était douce, tendre et souriait tout au long de la journée.

Aussi lorsqu’il sent le regard impertinent de Duane se poser sur lui dans ce bar, un agacement dont il ne peut se défaire le submerge, bien plus qu'il ne l’aurait souhaité.

- Alors cow-boy, tu gardes Flower à l’abri dans ton ranch, tu as peur qu’elle s’échappe ? C’était qu’un petit  oiseau qui cherchait une branche où se poser quand je l’ai rencontrée …

- Absolument et tant que tu ne viens pas scier cette branche-là mon gars, tout ira très bien, lui répondit Tommy très calmement

- Joe, sors-nous ton meilleur whisky ! J’offre un verre au cow-boy sentimental dit-il avec un sourire narquois.

- Tu as aimé l’aimer ma Fleur, j’peux pas t’en vouloir, il y a des parfums plus difficiles à oublier que d’autres, le nargue-t-il en retour.

A peine a-t-il fini de prononcer sa phrase, que Duane lui envoie une droite en plein visage. Surpris, Tommy n'a pas le temps de répliquer, et sous la virulence du coup, il s'écroule sur le plancher, tandis que les filles du bar se mettent à hurler, tout en se réfugiant derrière le piano mécanique qui se met à jouer tout seul, comme ça sans raison apparente. Duane sans ajouter un mot, laisse quelques pièces sur le comptoir, pousse d’un coup de botte rageur les portes battantes, et sort en abaissant avec l’index, son Stetson sur le front.

Il n’aura même pas eu le temps de voir, qu’au moment où il s’apprêtait à sortir du saloon, Tommy avait effleuré la crosse en nacre de son Colt avant de se raviser.

- Non pas comme ça et pas maintenant … pensa-t-il avant de sombrer vraiment dans les pommes.

- Ah non ! Encore du bordel dans mon saloon, ronchonne Joe derrière son bar en cuivre. Et tout ça pour une femme, pourquoi pas par amour tant qu’on y est !


                                
                                                                                                         Florence Esse © 29/10/2009








































                                                                                                       

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27 oct. 2009

Inventaire



















J’aime Paris mais pas sous la pluie


J’aime les îles mais sous le soleil

J’aime les sourires qui illuminent le regard des passants

J’aime ma ville, ses nuits ses jours

J’aime les océans aux vagues qui grondent

J’aime les lagons aux reflets tranquilles

Je n’aime pas la campagne

Je n’aime pas les mégapoles

Je n’aime pas être oppressée

Je n’aime pas les gens trop pressés

Je n’aime pas ceux qui ne savent pas s’arrêter

Je n’aime pas ceux qui ne savent pas regarder



J’aime regarder mais sans être observée

Je n’aime pas être observée mais

J’aime l’idée d’être regardée

Je n’aime pas ne pas être aimée mais

J’aime aimer.











                                                                                                           Florence Esse © 21 octobre 2009

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22 oct. 2009

Inspiration




Penché sur son cahier, tandis qu'un vent glacé d'hiver tourbillonne derrière la fenêtre à croisillons, Philippe D. écrit avec fureur, transperçant presque les pages de son inspiration noctambule, le visage creusé par les affres de la création, la ferveur collée à la pointe du stylo. Puis un doute légitime se met à l'habiter ; désarçonné il préfère abandonner le paragraphe en cours, ne trouvant plus le rythme de sa phrase, le roulis des mots ....


Le feu qui crépite douillettement dans l'âtre de ce chalet immergé au cœur de la forêt, le romancier ne l'entend pas ou ne l'entend plus, il relâche la tension de ses épaules et frissonne dans l'instant suspendu.

Dehors le vent faiblit puis tombe soudainement, la nuit semble plus clémente, mais sera-t-elle propice au mystère de la création? Les braises rougeoyantes de la cheminée diffusent maintenant une lumière plus feutrée, Philippe se lève et va se préparer une thermos de café très noir.



 Florence Esse ©
 5 octobre 2009


                                                                                                                

Avec un clin d'oeil  à Philippe Djian

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